Situation de l’electricité au Congo: Ce qui explique les délestages

Le journaliste Arsène Severin a publié un merveilleux article sur sa page Facebook, expliquant clairement la situation de l’électricité au Congo. Nous avons pensé le diffusé ici pour l’archiver à notre façon.

Si Brazzaville et Pointe-Noire sont dans le noir, ce n’est pas toujours Moukoukoulou « J’envoie la quantité d’électricité qu’on me demande à partir d’ici. J’en ai suffisamment. Mais, ce qu’ils en font, je ne sais pas ». Des propos d’un chef de division qui disent tout et clairement, sur la place de Moukoukoulou dans le circuit de production du courant électrique au Congo. C’est grâce à ces 4 turbines (voir notre photo).

Ici, c’est 74 MW de puissance installée et produite à partir de quatre turbines. Cependant, pendant la baisse des eaux (août-septembre voire octobre), le barrage connaît une chute de production, 45 MW seulement et parfois moins.

A Moukoukoulou, la technologie n’a pas changé depuis 1979, à son inauguration. Construit par les Chinois, ce barrage n’a pas été numérisé comme des milliers à travers le monde. Un agent, dit agent-des-quarts, doit rester devant le tableau pour surveiller le comportement des machines. Sa main est importante pour intervenir en cas d’incident. Ailleurs, le système s’arrête tout seul, pour éviter les dégâts.

Le premier client servi sur la ligne, c’est DANGOTE, puis SONOCC, SOREMI et SARIS, des grosses consommatrices de courant qui jouissent de grands privilèges dans la distribution. Ici, c’est du 220 KV qui arrive !

Mais, si Moukoukoulou marche bien, pourquoi il y a des délestages ?

La réponse se trouve chez Energie électrique du Congo (E2C), une société créée en 2018 pour entre autres distribuer et vendre du courant, et qui a le monopole sur la situation au Congo. Le problème ? E2C, en l’état actuel, n’est pas une société compétitive, elle est bancale et ne respire que grâce aux subventions de l’Etat. L’Etat a libéralisé le secteur de l’électricité. Mais seulement dans le domaine de la production. Ce qui fait que si vous, acteur privé, créez votre barrage à Mbama, à Mourala, ou à Loufoulakari, votre acheteur exclusif est E2C. Mais, insolvable, elle n’est pas crédible, et ne pourra pas acheter le courant au coût de production. C’est pourquoi aucun partenaire étranger ne se hasarde à mettre son argent dans cette affaire.

A la vérité, les coûts de l’électricité ne sont pas bénéfiques. Il s’agit des plus faibles en zone CEMAC : 105,67 FCFA le Kwh au Gabon, 100,47 Kwh au Tcahd, 91,23 FCFA le Kwh en Guinée Equatoriale, 82,57 FCFA le Kwh en RCA, 78,53 le Kwh et 53,7 FCFA le Kwh au Congo. La politique sociale du gouvernement plombe la qualité de service de cette société.

Le ministre Honoré Sayi voulait en faire son cheval de bataille, mais il a vite rangé cette ambition dans les placards. L’Etat doit aider les pauvres. Cependant, le gros souci demeure dans le transport de l’électricité. Là aussi, à la place de créer une société, c’est E2C qui a gardé la main. Mais, toujours avec des services catastrophiques.

Entre Pointe-Noire et Owando, E2C dispose de 18 postes haute tension et d’autres petits de 30 Kv disséminés un peu partout. L’avarie des transformateurs dans les quartiers, la vétusté des lignes, la chute des pylônes, le manque de câbles électriques, une faible équipe d’intervention sur les grandes situations, constituent le cocktail qui se terminent par les délestages dans les quartiers de Pointe-Noire et de Brazzaville. Et ce n’est pas demain que les choses vont s’arranger. Le directeur général de E2C, Adou Danga a été reconduit à ce poste pour les deux prochaines années.

Arsène SEVERIN

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